
700 milliards de dollars pour éponger les créances douteuses accumulées par les établissements financiers américains dans l'immobilier ?
Le 29 septembre, le Congrès des Etats-Unis s'est dérobé devant sa responsabilité historique : voter ce "plan de sauvetage", enrayer l'effondrement du système financier mondial. Un effondrement pourtant provoqué par les Etats-Unis...
Lundi dernier, les états-majors des deux partis – républicains et démocrates – semblaient parvenus à un compromis. Les uns admettaient (la rage au coeur) l'intervention de l'Etat, au contre-pied du dogme libéral.
Les autres obtenaient que le plan contienne des mesures en faveur des petits propriétaires lésés par la crise. Le Congrès ayant travaillé durant tout le week-end, il n'y avait 'pas de raison” – selon les démocrates – pour que les deux assemblées ne votent pas le plan dès ce lundi. A condition que les 'élus de base” des deux partis se rendent à la raison, comme venaient de le faire leurs chefs de file... C'était là l'inconnue.
Les simples élus démocrates allaient-ils "oublier" (un instant) que la crise était le résultat de la politique économique de George W. Bush, soutenue de A à Z par John McCain pendant deux mandats ?
Les simples élus républicains allaient-ils accepter que l'on ponctionne les contribuables US pour sauver le système global ?
"Nous devons agir rapidement", avait averti Bush à la fin de la semaine dernière. Expliquant : "le plan envoie un fort message aux marchés mondiaux, montrant que les Etats-Unis s'attachent à ramener la confiance et la stabilité dans notre système financier..."
Dans l'espoir d'un vote positif, Wall Street avait clôturé le 26 septembre en hausse de 1,10. Mais le suspense continuait. A l'approche d'élections nationales, les deux partis rivaux seraient-ils capables de voter un plan impopulaire ?
La réponse est venue : c'était non.
Par 228 voix contre 205, les représentants ont rejeté le plan de sauvetage. Par peur de leurs électeurs. Et pour "barrer la route à l'Etat fédéral".
L'Europe souffre
Pendant ce temps, la crise déferlait sur l'Europe. "Les banques européennes souffrent des hésitations américaines, elles commencent à naviguer en eaux troubles", prévenait Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. En Grande-Bretagne, nationalisation de la banque Bradford & Bingley. Au Bénélux, nationalisation partielle du bancassureur Fortis, et inquiétudes pour la banque franco-belge Dexia. Au Danemark, rachat de Roskilde Bank. En Allemagne, sauvetage en catastrophe de HRE. Tous les établissements compromis dans les subprimes...
Lundi, les Bourses de Paris, Londres et Francfort chutaient gravement. Mais la Commission de Bruxelles, inerte et muette, ne semblait pas prendre la mesure du danger.