REPÈRES

En juillet dernier dans son ministère à Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État à l'Écologie et "championne" du Grenelle de l'Environnement, avait promis de revenir sur le terrain pour rencontrer directement les élus et les associations concernés par le projet de ligne à très haute tension. Elle l'a fait samedi 27 septembre, mais d'une façon qui a suscité amertume et ressentiment chez la plupart des protagonistes de cette affaire. Du côté des élus, Guénhaël Huet, député (UMP) d'Avranches, parlementaire le plus en pointe dans la lutte pour l'enfouissement de la ligne 400 000 volts, a refusé de rencontrer la représentante du Gouvernement. Il savait déjà que c'était inutile.
La ministre devait se déplacer sur le terrain pour juger de la situation ; la rencontre a eu lieu bien à l'abri dans la préfecture de la Manche. Quant au collectif des maires qui, pour des raisons de protection de la santé, ont pris des arrêtés "anti-THT" (32 sur 64 communes touchées), il considère cette dernière étape de la concertation comme un "simulacre".
Politique du chéquier
Car, en observant les principaux élus du département et certains responsables présents du monde agricole, il semblait évident que les dés étaient pipés. Mme Kosciusko-Morizet n'y est pas allée par quatre chemins : pas question d'enfouissement, même partiel, de la future THT alors que le cabinet italien indépendant CESI, mandaté par le secrétariat d'État, l'estime possible. Les 135 kilomètres de la nouvelle ligne THT seront réalisés en aérien, point final.
Une décision prise, en fait, pour des raisons de rapidité de réalisation : il ne faut pas, commercialement, que le programme et la mise en réseau de la future centrale EPR de Flamanville prenne du retard à cause de la ligne THT.
Tandis qu'Alain Cousin, député de Coutances-Granville, se confondait en civilités, le président du conseil général Jean-François Le Grand tentait mollement, fortement appuyé par Philippe Bas, de mettre l'accent sur la bonne volonté du département, qui avait accepté la construction de l'EPR, pour obtenir en vain quelque compensation.
Dans le même sens, le sénateur du sud-Manche Jean Bizet quémandait avec plus d'assurance l'électrification de la ligne SNCF Paris-Granville et le contournement routier à l'est d'Avranches. Seul Pascal Férey, le patron départemental et secrétaire général de la FNSEA, qui appelle publiquement la ministre par son prénom, semble avoir tiré quelques ficelles en réclamant 1 million d'euros en faveur des agriculteurs. Elle n'a pas dit non. Voilà en quoi s'est réduit le dialogue : une affaire de gros sous.
Et la santé publique dans tout cela ? Ça ne semble pas être le souci des élus représentant la Manche, à l'exception notable de Guénhaël Huet. Ils se contentent de la proposition pour ceux qui vivent dans une bande de 100 mètres de part et d'autre de la ligne, de voir acheter leur habitations par RTE s'ils le souhaitent ! A contrario, cette offre est une forme d'aveu des possibles effets des champs électromagnétiques générés par les lignes à très haute tension. Nathalie Kosciusko-Morizet s'est d'ailleurs engagée à ce que la ligne ne surplombe aucune habitation ou bâtiment agricole.
Elle a également annoncé un programme d'enfouissement, moyennant 240 millions d'euros, de 270 kilomètres de lignes à basse, moyenne et haute tension, existantes ou en projet. Une mesure qui n'est en fait qu'une extension d'une obligation légale.
Enfin, l'indemnisation des riverains de la ligne THT sera revue à la hausse, une compensation intégrale de la moins-value liée à la présence de la THT étant prévue pour les riverains qui voudraient vendre leur habitation.
Ainsi, à défaut de prendre en compte des exigences de santé, d'environnement et de tourisme - la Manche ne vaut-elle pas les Pyrénées qui ont obtenu l'enfouissement ? - c'est la politique du chéquier qui est adoptée.
REPÈRES
■ Huis clos
Initialement prévue à huis clos, la rencontre du 27 septembre entre la secrétaire d'État à l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, et les élus et associations de la Manche a finalement été ouverte à la presse, au dernier moment. Les progrès de la transparence sont lents et difficiles...
■ Interrogations
Le discours de la secrétaire d'État à l'Écologie sur les effets des lignes THT sur la santé a sensiblement évolué avec le temps. En mars 2008, elle admettait que "les rayonnements électromagnétiques posent un certain nombre de problèmes et que l'on est loin de tout savoir sur cette question." Aujourd'hui, ce genre d'interrogations ne semble plus de mise.
■ Compensations
Pour le sénateur (UMP) Jean Bizet, il suffit de faire état des études rassurantes sur les effet de la THT sur la santé pour calmer les inquiétudes des gens. Alors il demande comme compensation à la ligne aérienne le financement de la déviation est d'Avranches et l'électrification du Paris-Granville. En Mayenne, c'est le financement de l'internet haut débit qui aurait été demandé.
■ Enfouissement
Contrairement à ce que martèle officiellement RTE, le cabinet d'experts Cesi a réaffirmé que l'enfouissement total de la ligne Cotentin-Maine est une solution réalisable. Les seuls obstacles : cela créerait un précédent... et sa réalisation prendrait plus de temps que pour une ligne aérienne.